Windigo et Vendée

Vendez tout ce que vous avez et sacrez votre camp ! Vendez !.... Vendée !


À la sortie de la petite chapelle de la Mission du Lac Windigo, à la crié on venait d'annoncer que le nom de WINDIGO disparaissait et cédait la place à celui de Vendée de 1922. Jusqu'à ici la mission avait porté le nom de MISSION DU LAC WINDIGO, parce que,justement, située sur le bord de ce lac.

Les fidèles, venus des quatre coins de la paroisse,étaient réunis près de l'entrée de la chapelle. Tout à côté, se trouvaient les charrettes et les bogheis. Les chevaux, attachés à une longue rampe de perches, balayaient leurs flancs de leur longue queue pour chasser les frappe-abord, ces mouches effrontées qui piquent sans crier gare !


Pourquoi ce nom de Vendée ?


Garder le nom de Windigo pouvait porter à confusion un lac de même nom, plus étendu, était situé en Ontario.



Déjà, en 1908, des notables de la Mission avaient proposé les noms de VAL-MILOT et de VAL-GARNIER. Dans le grand livre des comptes de 1908, un teneur de livre avait biffé le nom de "Lac Windigo" pour le remplacer par "Mission de Garnir". Une paroissienne de 87 ans, Mme Émile Millette, nous rappelait en 1976: "La place a déjà porté le nom de "GARNIER".

Il fallait donc accepter un nom avec lequel tous seraient d'accord! Un villégiateur du Lac Cameron, Victor Geoffrion, proposa le nom de V E N D É E, parce que ses ancêtres étaient issus de cette région de France. Nom court, facile à retenir! Mais pouvait-il rallier l'assentiment de tous les pionniers?... Vous connaissez la réaction du père Godefroy.... qui proposait de tout vendre et de s'en aller. Le nom est resté... le père Godefroy aussi!

Terres Neuves, Terres Nouvelles

Mais pourquoi des pionniers dans cette région des Laurentides, à 100 milles au nord-ouest de Montréal?

On peut lire que de 1802 à 1808, Philémon Wright, de Hull, commençait l’exploitation du bois le long de la Gatineau. Bois qu’il exportait à Montréal, à Québec et en Angleterre. (3)

Plus tard, une autre région connaissait un développement au nord de Montréal et dans les Pays d’En-Haut. Le zèle du curé Labelle est resté dans la mémoire des pionniers et de ceux qui les ont suivis.

Le curé Labelle voulait développer ce coin des Laurentides ... et même l’Ouest Canadien, y semer des colons partout le long du chemin de fer. Pousser le chemin de fer vers le nord et dans toutes les directions: c’était sa "rengaine" qu’on entendait au Ministère des Terres et Forêts, sur la place publique et même...à l’église. Il lui arrivait, en effet, dans un moment de distraction, de donner un "chemin de fer" comme pénitence, au confessionnal! (4)

Alors qu’il parcourait la France pour recruter des colons, quelqu’un l’interpella un jour: "Pensez-vous que votre Canada puisse nourrir une population dense?" – "Mais, mon ami, riposta le curé colosse (333 livres), un pays qui produit des hommes comme moi peut nourrir des milliers comme vous". À un autre, anxieux de connaître l’étendue du Canada: "Rien que dans un de nos lac, on peut mettre toute la France et on serait à l’aise pour nager tout autour". (5)

Le curé Labelle, "dans son canot d’écorce, s’est promené sur la Rouge et ses affluents.... La Maskinongé". (6) Il aurait voulu une grande route de colonisation le long de la Maskinongé. (6A)

Une troisième région s’ouvre depuis Lachute vers Brownsburg, Wier, Arundel et Huberdeau. Le rail s’étire vers St-Sauveur, Morin Heights, Lac-des-Seize-Iles et Huberdeau. Ce n'est que vers 1926 qu'il s'aventure vers Saint-Rémi d’Amherst pour le transport du bois et des produits de la mine de sulfite (7)... mine qui a fait parler d’elle vers les 1950 avec les veuves de Saint-Rémi dont les époux avaient succombé à la silicose.

La route de Montebello-Saint-Émile-de-Suffolk dessert les villages de Notre-Dame-de-la-Paix, Namur et Saint-Émile. À quand remonte sa construction ? On sait que la paroisse de Saint-Émile est fondée en 1888. La vallée des Pays d’En-Haut connaît donc un développement rapide.

La région de Vendée, ou Windigo, se développe vers 1890 ou 1895. En 1938, la population de Vendée est de 209 âmes. (7) En 1976, elle n’est que de 202. Pourquoi n’a-t-elle pas augmenté?

On défriche, On "Effardoche"

Les pionniers commencent par défricher et cultiver. Les premières années leur offrent rien de très consolant. Éloignés de tout marché et de tout centre un tant soit peu développé,ils s’approvisionnent où ils peuvent… à Saint-Jovite, à Brébeuf ou ailleurs...Et toujours à pied, sv.p.!

Partis de Saint-Jovite un gros sac de provision sur l’épaule, ils dépassent Brébeuf et s’engagent sur le vieux sentier qui s’ouvre à la barrière rouge (aujourd’hui, l’entrée du Club Baroux), longent le lac Suzanne, le lac Long et débouchent près de notre village.

Les hommes cultivent leurs terres ingrates, pleines de roches. Ils chassent le chevreuil, "trappent" les animaux à fourrure.

Au printemps, les mouches noires et les moustiques harcèlent tout le monde. On ne s’enveloppe pas alors dans un nuage de "Off" ou de "612"... la la "boucane" et les feux d’abattis éloignent quelque peu les "bibittes". Passe encore pour les bûcherons aguerris contre ces piqûres! Mais pour les nouveaux venus de la ville, on sait quel inconvénient ça cause! Dans ce temps-là, même les mouches domestiques, on ne les tuait pas: on les chassait à coups de tabliers ou de serviette.

Les lacs, pleins de truites rouges ou grises, des maskinongés et de brochets réservent de bons repas.

Les lanières de cuir des "chevreux" forment le fond des raquettes et même se transforment en bottines d’hiver, comme les souliers de "beux". Une peau de chevreuil a permis à Emile Nantel de se fabriquer des bottes d’hiver.

À la maison, les femmes se servent des matières premières pour cuisiner.Pas de repas tous préparés ! Pas de "TV dinners"! Non ! Pour épaissir les sauces, on emploit de la farine ou de la fécule de pommes de terre râpées. Le vêtement ? ....C’est de l’artisanat. Plusieurs pionniers portent des culottes fabriquées de sacs de jute. "Ça râpait les cuisses... mais on n’avait rien d’autre!"

Àla ferme, les mères de famille soignent souvent les animaux. Elles réparent les clôtures de broche et maugréent contre les lapins ou les lièvres qui envahissent les potagers...contre les cochons aussi qui renversent les "pagées" de clôture.

Un poète latin écrivait, il y a très longtemps: "Trop heureux les hommes des champs, s’ils connaissaient leur bonheur!" (8) Défricher des terres de roches! Qu’en auraient pensé nos agriculteurs de 1900?....

LA REVANCHE DES BERCEAUX

Et puis, les naissances reviennent souvent tous les ans ou à peu près. Parfois, un bébé au mois de janvier et un autre en novembre ou décembre. Les pionniers n’ont pas inventé la pilule! Le médecin demeure loin; des sages-femmes président aux naissances.

QUAND ON PART POUR LES CHANTIERS

Aux premières lueurs de l’automne, certains hommes ouvrent un chantier, parfois à 10 ou 15 milles du village. Leurs femmes deviennent les cuisinières de toute la famille et des hommes engagés. Loin du village, les enfants ne vont pas à l’école.

Dans ce chantiers, pas de scies mécaniques. Le "godendard"! Pendant les gros froids d’hiver, à force de dogs et de "cant hooks" (9), les billes de bois mou roulent sur les "slides" (ces chutes construites en billes pour diriger le bois coupé) au bord des lacs ou des rivières. Le bois franc, les chevaux le tirent sur des traîneaux de fortune (les jumpers jusqu’au moulin à scie, quand la courte distance le permet. Mais dans le défrichement des champs de culture, on enterre les bois franc! (10)



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