Au début du siècle, l'abbé Louis-Aldéric Desjardins avait entendu dire qu'un trappeur indien vivait au Lac Cameron, lac d'une grande beauté où abondait la truite. Les chevreuils se promenaient en toute sécurité sur ses larges grèves de sables blond. Le régistre paroissial nous apprend que l'abbé Desjardins baptise des enfants et célèbre des mariages en 1906.
Le 18 juin 1907, alors qu'il est aumônier de l'Académie Saint-Louis-de-Gonzague de Montréal, il fonde, avec quelques amis, une association qui porte le nom de VILLA PIA.(21) Sur la rive nord du lac Cameron, on bâtit une maison et une chapelle "sur un lot de terre portant le numéro 1 dans le rang A du comté de Labelle". Ce lot est occupé aujourd'hui par les familles Armand Parent et CHs-D. Jacob. Dans le groupe des fondateur, on relève des noms bien connus: Joseph Vershelden, oncle du docteur Noël Vershelden; les docteurs Jean-Baptiste Prince et Louis Vershelden y figurent aussi comme bienfaiteurs de l'association.
En 1911, les feux de forêt détruisent la maison. On en reconstruit une autre. En 1918, le lot de la Villa Pia est vendu à m. D. Masson, père de mesdames A. Parent et Chs-D. Jacob. On peut constater aussi qu'en 1907, l'association achète divers objets de Cyrille Garnier. En 1914, Simon Miconce y est employé comme gardien du camp.
Les Associés de la Villa Pia se rendaient parfois au lac Cameron en
traversant , en canot, tout le lac Labelle et le lac Brochet; la rivière
Maskinongé les descendait ensuite au lac Clément; et ils débouchaient sur le lac
Cameron.
Le lac Clément! A-t-il été nommé en souvenir d'un certain Clément établi à l'extrémité nord de la terre actuelle des Grabowski? En 1930, sa maison à étages se dressait encore à cette endroit.
On nous a raconté de ce Clément ce fait qui parait sortir de l'ordinaire... Un mois de décembre, une naissance s'ajoutait à cette famille. La température n'annonçait rien de trop.... clément! On retarde donc au mois de mars le baptême de l'enfant. Et puis alors, les parents partent à pied,le bébé dans les bras et s'engagent dans le vieux chemin de chantier (la route actuelle Cameron - La Conception) et font baptiser le bébé à l'église de la Conception. Quel chemin alors!.. un chemin de billes sur de longues distances, des trous, der ornières, des descentes, des montées... 20 milles aller-retour! On peut conjecturer que ce fait se passait avant l'ouverture de la Missiondu Lac Windigo. On se rappelle que parmi les pionniers plus tôt avec Cyrille Garnier se trouvait un certain Clément. Qu'en est-il?
Cette terre de Clément est devenue plus tard la propriété de Jules Desforges, puis des Charlebois et enfin des Grabowski. Une soeur de M. Grabowski, madame Fritz Etlich, habite tout près des Jacob.
Constant et Jacques Nantel occupent aujourd'hui une partie de ce lot. Simon Minonce a aussi quitté sa terre probablement vers 1916. On lit dans une lettre du notaire Frs-Xavier Forest: "Vente par Simon Méconce à Rév. V. Geoffrion, 22 sept. 1916".
Simon Méconce avait un fils, Honoré. Un jour, ce dernier pêche avec un groupe de la Villa Pia. Le soir venu, un fort vent du sud transforme le lac Cameron en ds rouleaux de vagues dangereuses. Honoré s'apprêtait à partir dans son canot d'écorce. on s'objecte: " Passe la nuit ici". Tôt, le lendemain matin, le vent tombé, le lac redevient un miroir. Quelqu'un de la Villa ouvrit le volet d'une fenêtre. Quelle ne fut pas sa surprise d'apercevoir un canot qui sortait de la baie du Lac des Ecorces. "Qui peut bien venir de notre côté à cet heure?" Le camp s'anime... on constate que le lit d'Honoré est vide... "Tiens! il est parti et c'est lui qui revient!"
Honoré accoste. Il sort un chevreuil du fond du canot et le d^pose sur la rive: "Vous m'avez gardé pour la nuit; j'ai pensé qu'un chevreuil vous rendrait service". C'était son merci. Au petit jour, sans bruit, il avait quitté le camp et était allé se poster à l'affût au bord du lac des Ecorces. - En 1946, on a appris qu'Honoré vivait dans un village de Cris, au nord du Manitoba...
Revenont un moment a Émile Millette. Il a habité plus tard la maisonde son beau-père, le vieux Baptiste. Son fils Gérard, marié à Clémence Therrien (la fille de Mousse) s'y est établi quand Émile a déménagé ses pénates à Bréboeuf. Son épouse devenait aveugle. Mais, pour Émile, Bréboeuf n'était pas Vendée! Aussi quelques années plus tard, la nostalgie l'a reconduit dans le village même de Vendée. Passez par la rue principale: vous le verrez, malgré ses 84 ans, arpenter le trottoir, une épaule un peu courbé, mais le pas et les gestes toujours secs et rapides. Thomas, un autre fils d'Émile, demeure au lac des Sucreries. Quant aux fils de Jos., ils résident dans le vllage. Edgar a cependant un emploi à Montréal.
Passer sous le silence le père Jos Côté nous ferait oublier un des premiers pionniers. Quand exactement est-il arrivé? Il racontait jadis que lui aussi avait ouvert la route entre St-Rémi et Vendée.
Ses fils Gaudias et Charles étaient nés à Tupper Lake, dans les Adirondaks de l'État de New-York. De même une famille Dumont tire son origine du même endroit. Mais pourquoi partir d'un coin de montagnes des États-Unis pour s'en venir dans nos montagnes? Le curé Labelle nous a peut-être donné la réponse quand il disait en 1888: "Nous envoyons des agents aux États-Unis qui ont charge d'inviter ces canadiens à rentrer au pays, en leur signalant les avantages que va nous donner l'extensiondes chemins de fer dans nos terres colonisables". Jos Côté avait épousé Mathilda Dumont (on prononçait Mathildé tout probablement parce qu'à Tupper Lake l'anglais devait prédominer).
Il s'établit près du cordon. Le "cordon" marquait une subdivision qui conduit au "trécarré vers l'intérieur des terres". Mais la route, près du cordon, en a fait couler des sueurs! Pour la construire, on avançait en pleine forêt: abattre les arbres, essoucher, défricher, etc... pour atteindre ce qu'on appelle aujourd'hui le village de Vendée. Pas à coups de "bull-dozers", mais avec de gros chevaux comme Jim et Fury, qui tiraient la charrue ou la "grand'pelle". Ces deux bêtes tiraient plus "franc" que les boeufs et avec quel coeur! C'est donc à grands cris de Hue! et de Dia!, chantés sur le même ton, que la forêt a cédé une ouverture, prélude des grandes auto-routes. Si aucune n'approche du village, patientons! Après tout, il n'a fallu que 50 ans pour rouler jusqu'ici sur l'asphalte! "Paris ne s'est pas bâti en un jour!"
Gaudias Côté, fils de Jos et de Mathildé, fait une première visite ici en 1900, à l'âge de 9 ans. En 1915, on le retrouve à Montréal employé au Grand Tronc (devenu le Canadien National). Il possède quelques arpents de terre à Saint-Amable de Verchères. Terre qu'il met en vente. Mais elle ne peut être acquise en criant: lapin! - "Monsieur, je vous vendrai ma terre si vous me donnez votre fille en mariage", dit Gaudias à Stanislas Gemme. - "Ma fille, mais laquelle?" Il y avait Victoria, surnommée Kitty. Il y avait "la Noire", c'était Délima. Il y avait aussi Eudoxie, la plus vieille. Le frère d'Eudoxie servait d'agent de liaison entre les deux futurs. Bien plus, ce petit espiègle se cachait parfois sous la table de la grande salle à manger recouverte d'une grande nappe "qui tombait jusqu'à terre". Il saisissait tous les secrets. Alfred présentait déjà toutes les tendances d'un espion! Le mariage montait lentement à l'horizon de la colline de Saint-Amable. En 1915, le Dieu des saintes hyménées réunissait nos deux amoureux. L'ère des clins d'oeil disparaissait.
Dans le temps d'Eudoxie, souvent on se mariait jeune, peut-être sans trop se connaître. Vous savez, on ne se dit pas tout devant des chaperons. L'ère des chaperons a disparu elle aussi. "Autres temps, autres moeurs". Plusieurs des anciens ont contracté mariage dès l'âge de quatorze ans. Pourquoi? Voici une raison d'une bonne grand'maman qui a dépassé les 80 ans: "On était une grosse famille et le père, chez nous, avait de la misère à rejoindre les deux bouts. En se mariant, on partait de la maison et ça faisait une bouche de moins à nourrir".
Charles, le frère de Gaudias, est arrivé à Vendée à 15 ans. A peine deux ans plus tard, il épousait Anna Nantel, la fille de Godefroy.