La Drave

Le printemps venu, la "drave" emporte bûcherons et billes. Les longues perches et les "gaffes" poussent les billes qui collent au rivage. Les "booms" (cages) ramassent et encerclent ces billes sur les lacs. Avec un bon vent, elles s'achemineront vers le moulin d'Emmanuel Nantel ou descendront la Maskinongé en traversant le lac Cameron, le lac Godin (aujourd'hui Jean-Jeunes) jusqu'au moulin Labonté du lac Windigo, ou vers la Rouge.



Habiles ces draveurs! Vous avez vu à l'Expo 67 des draveurs marcher sur des billes de bois et les faire rouler sous leurs pieds. Eh! bien, Jules et Emmanuel Nantel ont réussi de plus savants tours d'acrobatie bien avant les années '67. Chacun pouvait courrir sur une bille, l'arrêter, puis la faire rouler sous leurs pieds, l'arrêter de nouveau et marcher sur la bille jusqu'à son extrémité, la laisser s'enfoncer d'une couple de pieds et boire à même le lac! Hein! pas dépourvus nos pionniers, loin de là !



La drave a disparu de nos rivières. Maintenant, ce sont de lourds camions qui s'avancent jusqu'au milieu des chantiers où les bûcherons, armés de scies mécaniques, ou conduisant des "gearrets", domptent la forêt et lui arrachent les grands arbres comme s'ils étaient de frêles arbrisseaux. Tout tombe: le peuplier, le bouleau, le "cèdre", le hêtre, l'épinette, le sapin, le pin, la pruche, le tilleul, le frêne, le merisier, l'érable... et quoi encore! Tout s'écrase! Dans les grandes usines, certaines de ces essences sont transformées en papier ou en feuilles de préfini de toutes les sortes.



Des années plus tard, plusieurs de nos bûcherons "bûchent" encore au nord du Grand Lac Supérieur où "ils font de bonnes gages".



Speak White!

Les défendeurs de la langue française trouveront peut-être que nos pionniers parsèment un peu trop leur langage de mots anglais! Est-ce qu'on parle beaucoup mieux chez un ouvrier peu instruit de 1976? Même dans le grand'monde d'outre-mer ne parle-t-on pas de week-end, de skating, de boulingrin... etc? Entrez dans un garage: on vous avertira que le "shaft" est "tord" ou que le "manifold" est usé!.. Que peut y comprendre un professeur de poésie?



p>Au début du siècle, les pionniers de Vendée travaillent pour des compagnies anglaises. Forcément, les mots qu'ils apprennent sonnent l'anglais.



Parfois, certains mots deviennent des énigmes.... Un jour, Mousse Therrien nous parle d'un travail qu'il accomplit près de la "paraouse"! En vain, on cherche la signification de ce mot. Et puis, après force explications, Mousse nous fait comprendre qu'il s'agit d'une "campe" où des dynamos fabriquent le "pouvoir". Ah! ....la "power house"!....



Rappelez-vous que l'esprit du début de notre siècle se rapproche sensiblement de celui des dernières années du siècle précédent. Ainsi, à Pointe-Gatineau, au Conseil Municipal: "les procès-verbaux des assemblées se rédigeaient en anglais parce que la minorité ne comprenait pas le français". Quelques mois plus tard, de nouveau, on adopte l'usage exclusif du français (en 1868)... et puis encore quelques mois plus tard, ce fut l'usage exclusif de l'anglais. Et en janvier 1870, tous les Conseillers étant canadiens-français, on réutilise leur langue.



On S'instruit!

Un certain Benjamin Franklin aurait dit: "On n'est jamais trop âgé pour s'instruire!". Quand et où l'a-t-il dit?... L'a-t-il vraiment dit?...


On a connu ici des hommes de quarante ans qui ne savaient pas lire. Ça les humiliait de toujours recourir à quelqu'un pour leur faire la lecture. Ils sont allés à l'école du soiré



A la Mission du Lac Windigo, une petite école ouvre ses portes d`s 1905. Mgr J.T. Duhamel, archevêque d'Ottawa, reçoit un octroi de $50.00 du gouvernement provincial pour aider à la construction d'une école. Considérant cette somme insuffisante, il décide alors d'améliorer la chapelle et il y permet l'enseignement.



Malheureusement, trop de colons demeurent loin du village et les enfants ne peuvent tous y accéder facilement. Ce qui fair qu'une bonne partie de cette population reste sans instruction. Plusieurs colons ne savent pas signer leur nom.


On le constate à la lecture du registre paroissial. Parcourez-en les pages et ne soyez pas étonnés d'y lire souvent la mention finale: ".... tous ont déclaré ne pas savoir signer", ou encore cette autre formule: ".... qui n'ont pu signer avec nous".


Chose bien étonnante: on y lit cette dernière formule lorsque le parrain et la marraine ne sont nuls autres que le docteur Louis Verschelden m.d. et son épouse Anna Bélisle... et encore:" .... le docteur Jean-Baptiste Prince m.d. et son épouse Marie-Antoinette Archambault... qui n'ont pu signer"! ...Cette formule "n'ont pu signer" peut aussi signifier que l'acte de baptême fut rédigé plus tard, en l'absence des témoins.


Il est permis de considérer, en badinant, que des pionniers pratiquaient l'analphabétisme sans le savoir, tout comme Monsieur Jourdain faisait de la prose!


Des pionniers pleins d'expérience cependant, qui connaissaient les bois par coeur et chassaient comme des nemrods chevronnés, savaient lire sur les arbres: la mousse qui poussait le long des troncs leur indiquait le nord. Des pistes dans un sentier leur disaient qu'un gros "buck"cétait passé "pas plus tard qu'à matin". Un gros orignal avait laissé la marque des ses larges sabots sur les feuilles mortes. Et s'ils remarquaient que les rats musqués construisaient leurs nids assez haut sur la berge, les gens prévoyaient que l'eau atteindrait un niveau très élevé au printemps.


Les années ont passé ... Les jeunes ont pu fréquenter des écoles normales ou des instituts familiaux, comme à Saint-André-Avellin ou à Nominingue; des écoles de métiers et d'agriculture comme à Mont-Laurier. Devenus plus instruits que leurs parents, ils ont trouvé des emplois plus rénumérateurs - pas à Vendée évidemment, mais dans les villes.


L'exode a commencé. De nos jours, rares sont les jeunes ménages qui s'établissent ici. Rares aussi s'aditionnent les naissances. En 1976, il n'y a eu qu'un seul baptême. La population n'augmente pas.


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